Nicolas Rivard, Sieur de la Vigne (1617 – 1701)

Nicolas Rivard dit Lavigne a été baptisé à Saint-Aubin de Tourouvre, le 10 juin 1617.
Le 6  mars 1648, s’est engagé à venir servir en Nouvelle-France, pour le compte des frères Juchereau, pour une période de trois ans. Il y est resté jusqu’à la fin de ses jours.

Nicolas s’engage pour le Canada

Le vendredi 6 mars 1648, Nicolas se présente en la maison du notaire Chouaiseau, qui rédige pour lui le contrat que voici: «Fut présent Nicolas Rivard demeurant à Tourouvre, lequel a volontairement promis et s’est obligé par corps et biens à et envers maître Noël Juchereau sieur des Chastellées demeurant à Québec en la Nouvelle-France, absent stipulant et acceptant pour lui Pierre Juchereau sieur des Moulineaux demeurant à Tourouvre ad ce présent, savoir est d’aller par ledit Rivard servir ledit Juchereau sieur des Chastellées audit pays de la Nouvelle-France autrement dit Canada pour le temps de trois ans à commencer du jour de l’embarquement qui se fera en cette année à La Rochelle et finissant au débarquement qui se fera au bout dudit temps en France de le nourrir pendant le dit temps. Et a été ce fait moyennant la somme de soixante et six livre tournois pour chacun an que ledit Juchereau a promis de payer ou faire payer par ledit maître Noël son frère audit Rivard par chacun an sur laquelle somme icelui Rivard a reconnu avoir reçu dudit Juchereau la somme de quinze livres tournois dont il se tient content… « (1).

Ayant gardé le surnom « De la Vigne » de sa mère, il épousa, en 1652, à Trois-Rivières, Catherine Saint-Père, une orpheline de 18 ans, fille d’Etienne Saint-Père, pâtissier, et de Madeleine Cousteau, originaire de Saint-Jean d’Angély, au Poitou.

S’étant mariée à Mathurin Guillet, Catherine avait eu la douleur de perdre son mari, massacré par les Iroquois, le 19 août 1652.

Agé alors de 35 ans, en homme généreux et bon, Nicolas Rivard s’était porté au secours matériel de la veuve Catherine, qu’il a mariée, (2) peu après le drame.

La date de mariage de l’ancêtre Nicolas ne nous est pas connue de façon précise:

Tout au plus savons-nous qu’elle a eu lieu entre le 19 août et le 24 novembre 1652.

Capitaine de milice

nicolasEn 1656 Nicolas est nommé capitaine de milice au Cap-de-la-Madeleine et il exercera cette fonction jusqu’à un âge avancé. Le 6 Juin 1651, il avait reçu des Jésuites une terre de deux arpents de front donnant sur le fleuve, avec profondeur de vingt, le 24 novembre 1652 (3) Nicolas et son futur beau-frère, Pierre Guillet dit Lajeunesse, procèdent à la vente, à Gilles Trotier, des terres appartenant â feu Mathurin Guillet et à sa femme Catherine de Saint-Père, terres situées au Cap-de-la-Madeleine Mathurin, frère de Pierre, a été victime des Iroquois lors de la tristement célèbre sortie organisée par le gouverneur de Trois-Rivières, Guillaume Duplessis-Kerbodot, en août 1652.

Le 1er février 1654, Nicolas et Catherine feront baptiser leur premier enfant, un fils prénommé Nicolas comme son père.

 

La chapelle de Pierre Boucher

Le 7 mars1661, le notaire Claude Herlin rédige un acte qui aura de profondes répercussions sur la vie des paroissiens du Cap: le gouverneur Pierre Boucher cède à Nlcolas Rivard une chapelle qu’il a fait construire dans sa cour; cette chapelle sera ainsi démontée et reconstruite dans le bourg voisin. Elle aurait été érigée à l’endroit précis où se trouve la seconde église, qui existe toujours.
Le 23 mars 1666 (4), Nicolas Rivard reçoit des Jésuites deux habitations à Batiscan (l’une à la seigneurie de Batiscan, l’autre à l’île Saint-Eloi) de deux arpents sur quarante chacune. Les Rivard vivront encore quelque temps au Cap-de-la-Madeleine, où ils sont recensés en 1666. Le déménagement se serait produit vers 1668. Il y a lieu de croire que Mgr de Laval a conféré le sacrement de confirmation dans la maison de Nicolas, a Batiscan, le 25 mai 1669. D’ailleurs, le saint évêque trouva le lieu favorable à l’établissement d’une paroisse et demanda à l’abbé Germain Morin, le premier prêtre d’origine canadienne (5), à voir à son organisation.

Défenseur des colons

Nicolas Rivard n’hésitait pas à se porter a la défense des faibles. Le 13 août 1663 (6). On le voit porter plainte contre Michel Peltier de Laprade le futur seigneur de Gentilly. Le vaillant capitaine de milice, assumant pleinement son rôle, a trouvé chez Peltier un nommé Pierre Retoucq « étendu, sans paroles » après une violente querelle. Nicolas porte alors plainte
contre l’assaillant et un tribunal composé de Pierre Boucher, Quentin Moral et Louis Laurent condamnera le défendeur à vingt livres d’amende.

Nicolas Rivard, écrit madame Jeanne Patenaude (7), avait comme caractère propre, un attrait et des aptitudes, il faut le dire, le portant à s’occuper de la chose publique: en maintes occasions, les Archives nous le présentent comme ayant pris l’initiative de défendre les intérêts communs des habitants du Cap ou de Batiscan,
Il a, en 1676, plaidé devant les tribunaux la cause des colons de Batiscan qui se trouvaient mécontents des «alignures  » et bornes limites fixées par l’arpenteur Jean Guyon du Buisson »

Après l’échange de lettres plutôt acerbes entre Nicolas Rivard  » procureur et demandeur », et le représentant du Roy, le 13 octobre 1676, une ordonnance signée aux Trois-Rivières par Boyvinet était publiée à l’effet que l’arpenteur Jean Le Rouge examinera les bornes plantées par le sieur Guyon, remettant aux intéressés ce qui manque à chaque colon de quantité de terre tant sur la  » devanture que sur la profondeur. » Il se transportera à chaque habitant assisté du procureur fiscal et par l’huissier de la Côte (de Batiscan). Nicolas Rivard, sieur de la Vigne, examinera les contrats des habitants et verra à ce que justice soit faite. Enfin, leurs plaintes avaient été entendues. Nicolas Rivard était un vrai bon avocat!

Malgré toute la bonne volonté et toute la conviction qu’il a pu y mettre, l’ancêtre Nicolas n’a pas gagné toutes les causes qu’il a portées à l’attention du Conseil Souverain de la Nouvelle-France. En 1682, parlant au nom des habitants de Batiscan, il s’oppose au curé de la place, messire François Dupré, au sujet d’un supplément exigé à la dîme. Cette affaire a pris naissance à la suite d’une ordonnance royale émise en mai 1679.

Le 5 septembre 1682, les habitants apprendront à leurs dépens qu’il est Inutile d’aller contre les désirs de Sa Majesté, sinon chaque contrevenant pourra se voir imposer une amende de cent livres.., et même une punition corporelle!

Marque d’une piété singulière

Au recensement de 1681, Nicolas a 60 ans et iI demeure avec sa femme et ses dix enfants â Batiscan. Il y exercera la fonction de capitaine de milice jusqu’en 1698, c’est-à-dire jusqu’à l’âge de 81 ans. En fait, il achève son voyage en ce bas mondé. Le 1er juillet 1701, on le conduira à son dernier repos, au petit cimetière paroissial. Il était resté actif jusqu’à la fin. Sur son acte de décès, le curé Inscrit qu’il a manifesté toutes les marques d’une piété singulière. Catherine, sa femme, lui survivra près de huit ans, étant aussi inhumée à Batiscan le 28 juin 1709.

Au parc historique du Vieux Presbytère, à Batiscan, un monument  dévoilé par l’AIFR, en l’an 2000, commémore le souvenir de cet ancêtre. Tout près, à proximité de l’Ile Saint-Eloi, des recherches de l’archéologue René Lévesque ont localisé les vestiges de sa maison qui servit, au tout début, de chapelle aux missionnaires de passage, avant la construction d’une première église (1670-1674). En visite pastorale et en tournée de confirmations, Mgr de Laval, premier évêque de Québec, y aurait séjourné, en 1669.

Sept fils, et trois filles

Dix enfants sont issus de l’union de Nicolas Rivard dit Lavigne et Catherine de Saint-Père : trois filles sept fils qui ont presque tous adopté des surnoms ;

  • Nicolas (1654-1719), marié à Elisabeth Trotter, puis à Françoise Marien, veuve de Sébastien Grenat:
  • Jeanne (1656-1698), mariée à Charles Dutaut;
  • Julien, sieur de la Glanderie (1657-1708), marié à Elisabeth Thunay:
  • François sieur de Lacoursière( 1659-1726), marié à Madeleine Lepellée, puis à Geneviève Chène dit Lagrave;
  • Pierre, sieur de Lanouette (1661-1724), marié à Catherine Trotier;
  • Marie-Madeleine (1663-1737), mariée à Pierre de Lafond;
  • Michel (1665-1687); Jean, sieur de Préville (1668-1731), marié à Geneviève Trotier:
  • Jean(1668-1731)Époux de Genevièvre Trottier (1703)
  • Catherine (1673-1703), mariée à Alexis Marchand;
  • et enfin, le mystérieux Antoine, né en 1675, marié avec Marie Briard en août 1704 à la Mobile en Louisiane, puis à Antoinette Fourrier ( vers 1720) disparu tôt de la Nouvelle-France pour la Louisiane et dont a retrouvé les traces et la descendance en Louisiane. Père de sept enfants, il fut propriétaire d’une plantation au Bayou Saint-Jean en Louisiane, décédé au Bayou Saint-Jean, le 11 janvier 1729.

Nicolas et Catherine ont eu, au moins, 95 petits-enfants

Plusieurs surnoms (patronymes)

Les descendants de Nicolas Rivard ont porté divers surnoms, (patronymes) ce qui complique quelque peu leur généalogie. L’ancêtre se faisait aussi appeler Lavigne, surnom qui est passé à de nombreuses familles ayant vécu sur la rive sud, face au comté de Champlain.
Julien, le second fils de Nicolas, est à la tête de la branche des Laglanderie. Ce surnom a presque complètement disparu. Son fils Joseph a épousé Elisabeth Thunay dit Dufresne. Les descendants de ce couple ont conservé le surnom de leur mère, c’est ce qui explique la présence de nombreuses familles Dufresne en Mauricie.

Les Lacoursière descendent de François, troisième fils de Nicolas. Les Lanouette et Lavigne descendent principalement de Pierre, le quatrième fils. Les Préville nous viennent de Jean, le sixième fils. François, fils de Julien, a pris le surnom de Laglanderle-Beaucourt. A la quatrième génération, on retrouve même Jean-Baptiste Préville dit Gervais. surnom qui lui vient de son père prénommé Gervais.

Références bibliographiques

(1) ‘’Tourouvre et les Juchereau’’ publié en1965 par la Société Canadienne de Généalogie, page 69.

(2) Date incertaine du mariage se situant entre le 15 août et le 24 novembre 1652;  célébration par un missionnaire de passage ou perte de l’acte rédigé sur une feuille volante.

(3) Greffe de Séverin Ameau.

(4) Greffe de Jacques de la Tousche.

(5) Germain Morin (1642-1702). ordonné en 1665, fut secrétaire de Mgr de Laval avant de devenir curé de Sorel, de Saint-Augustin et de Sainte-Anne-de-Beaupré. Ce fils de Noël Morin et d’Hélène Desportes a été fait chanoine quelques années avant de mourir.

(6) Rapport des Archives nationales du Québec, 1971. page 26 (Inventaire des pièces détachées des cours de justice de la Nouvelle-France).

(7) Mémoire de la Société généalogique canadienne-française volume XIII. 1963.