Ghislain Yves ( Jim ) Rivard

jim-rivardCe document est une courte autobiographie composée par Jim en mars 2002.

Il rédigea celle-ci pour le Forum ‘’The Rivard Newsletter Team ‘’ des membres américains.

Cette rédaction originale de Jim était en langue anglaise, elle est disponible à la suite de cette version française faite par madame Gisèle Lanouette Bubbs.

Les deux versions sont des reproductions intégrales, sans corrections.

Préambule, Camil, notre robuste pagayeur, était le père de Jim.

Ma vie à demi-mot

De nombreuses embarcations de tous acabits descendaient la Kinojevis à l’été et à l’automne de 1923. Aventuriers et prospecteurs pagayaient à vive allure pour atteindre l’Eldorado. En ce jour de septembre, un canoë Chesnut de 14 pieds, chargé de marchandises jusqu’au plat-bord, glissait silencieusement. Un costaud dans la trentaine, assis à l’arrière, plongeait sa pagaie sans retenue ni effort. À la proue, son compagnon, un petit homme halé aux tempes grises s’accordait à son rythme.

Camil, notre robuste pagayeur, était très songeur. Son troisième enfant, Ghislain Yves (connu sous le sobriquet de Jim plus tard) venait de naître à La Tuque et il aurait dû rester auprès de Blanche, sa femme. Mais il devait être à Rouyn avant le début d’octobre et il profitait de la température clémente. Camil aurait été étonné s’il avait appris que moins de deux cents ans plus tôt, plusieurs de ses ancêtres avaient emprunté le même cours d’eau.

À la suite d’un contrat conclu par Robert Rivard, Sieur de Loranger en 1685, les Rivard obtenaient un bail à ferme de la Compagnie du Nord pour la traite des fourrures sur le territoire des Lacs Abitibi et Témiscaminque pendant trois ans. Julien Rivard, Sieur de la Glanderie, avait été engagé par son oncle Robert. Julien était l’ancêtre de Camil.

Deux ans plus tard (1925), la famille est réunie. Blanche et les trois enfants empruntent une autre route. La Compagnie du chemin de fer du Témiscaminque et du Nord de l’Ontario avait poursuivi ses travaux depuis l’Ontario. Entre-temps, Camil avait construit sa maison sur les rives du Lac Osisko, et le magasin général ouvert sur la rue principale était florissant.

Les années passent et la nouvelle ville de Rouyn connaît un essor, mais les écoles brillent par leur absence. Comme j’avais six ans, ma mère m’a expédié dans un pensionnat à Québec. Commençe alors mon édification. Les bonnes sœurs faisaient régner une discipline des plus strictes. Comme plus de mille milles m’éloignaient de mes parents, je vivais chez les bonnes soeurs de septembre à juin. Les bonnes sœurs de la Charité aimaient amener la classe en visite dans d’autres couvents. Souvent pour prier pour l’âme d’une soeur rappelée auprès du Seigneur. Se mettre à genoux devant un cercueil était leur version d’un après-midi d’agrément.

Je me suis éventuellement retrouvé à Ottawa dans une école privée. Il est vrai que Rouyn avait alors des écoles (1935) mais ma mère n’était pas impressionnée et elle trouvait qu’il était important d’apprendre l’anglais. À l’âge de 14 ans, je réussissais mon examen d’admission à l’Université d’Ottawa qui avait à cette époque un département d’études secondaires.

De fait, je n’ai jamais terminé mes études. Après ma deuxième année, mon père vendait son commerce à Rouyn et achetait une ferme à Sainte-Thérèse, près de Montréal. Il allait se consacrer au commerce de la fourrure. Nous y faisions l’élevage du vison, du renard et nous avions bon nombre de chats et de chiens. Le paradis ?

Que non ! Rosie, une jument de taille moyenne appartenant à une race dite « canadienne », représentait mon seul plaisir. Elle m’accorda des moments de prouesse extraordinaires lorsque nous nous élancions à bride abattue dans la sablière située dans les recoins de la ferme. Non ce n’était pas le paradis. Le commerce de la fourrure n’a pas été un succès! Je suis donc devenu bûcheron à 18 ans.

Parent, petite station méritant tout au plus un petit coup de sifflet sur la route du nord du C.N., marque mes débuts dans cette nouvelle carrière. Il faisait 20 sous zéro, le camion qui nous conduisait de la station au dépôt offrait pour toute protection une toile en ciré dans le coffre arrière… aucun banc ni chaleur. Trente milles plus loin, notre groupe arrive à la Chaudière où nous devons poursuivre notre route à pied en traversant un lac.

Un chemin balisé par de minuscules épinettes s’ouvrait à nous. Ce lac était le premier d’une série de trois. Après un périple de 12 milles, nos malles sur le dos, nous arrivons au camp de bois du jobbeur J’étais bûcheron le premier hiver. Au printemps, je participais à la drave. Les billots flottaient sur une rivière tributaire de la Gatineau qui se jetait dans l’Outaouais pour éventuellement parvenir à la E.B. Eddy Match de Hull. (C’est un souvenir qui me revient à l’esprit chaque fois que j’utilise une allumette en bois.)

Comme la chance me souriait, j’ai eu la tâche de mesurer les billes de bois l’hiver suivant. Parent a la réputation d’être l’endroit le plus froid le long de la ligne du nord. Avoir une règle en main pour mesurer les billots quand il fait quarante sous zéro, c’est toute une épreuve d’endurance ! Mais j’avais 19 ans et je gagnais 3 $ par jour, avec pension. Le monde m’appartenait ! Et pourtant j’ai fini par apprendre, comme Saint-Augustin, que nous vivons dans un monde de misères, d’accidents et de déceptions. Ce qui compte, c’est que la dernière leçon reste à apprendre.

À 78 ans, je suis toujours un optimiste, mais avec un soupçon de prudence pour faire bonne mesure.

Soixante ans se sont écoulés depuis cet hiver sibérien dans la vallée du Haut St-Maurice. Mes yeux retournent constamment au questionnaire que m’a envoyé ma chère Zaarina. Pour donner un souffle à ses questions, je devrais faire couler l’encre sur plus d’une centaine de page. Tâche impossible, s’il en est. Comment suis-je passé dans la galère des assurances et quelles étaient mes activités avant d’embrasser ma « carrière »? En passant beaucoup de moments cocasses! J’ai, entre autres, fait fonction de fier-à-bras officiel du Radio Hôtel Grill de Rouyn, Noranda le samedi soir, endroit qui n’était pas fréquenté par les membres de la Société St-Jean-Baptiste.

En fin de compte, je me suis retrouvé dans une autre ville frontière en 1950. Je suis membre fondateur de la Ville de Sept-Iles (1952) et je me suis installé sur la côte Nord pendant plus de dix ans. C’est là que je suis devenu « agent d’assurance » (comme nous disions autrefois). Je sentais qu’être agent était une tâche importante, car j’agissais au nom de quelqu’un d’autre dans le monde des affaires. J’étais très fier de représenter la compagnie d’assurance Sun Life, et de porter un complet!

J’ai participé à mon premier congrès au Greenbrier en Virginie de l’Ouest : un endroit très huppé qui m’a fortement impressionné. Non pas pour le magnifique paysage qui s’étalait devant mes yeux ni pour l’élégance paisible du sud ! Non c’était plutôt l’enchantement que j’éprouvais à écouter les poètes de l’industrie des assurances qui racontaient des anecdotes sur les nouveaux départs dans la vie, les carrières et les rêves réalisés grâce à une police d’assurance. Je me suis converti et j’ai pratiqué pendant 48 ans! Le temps me manque pour parler de ces quelque cinquante années. J’espère que mes débuts dans la vie et le démarrage de ma carrière suffisent pour vous donner une petite idée là-dessus !

Il reste pourtant une question que je ne peux pas oublier: « Qu’est-ce qui m’a poussé à choisir l’histoire des mes ancêtres comme loisir ? » Au printemps de 1970, j’étais à Bruxelles en voyage d’affaires. Après avoir fait la bombe jusqu’aux petites heures (je n’oublierai jamais le Hara Kiri Bar), je me rendis compte que c’était samedi et que j’avais congé. Pourquoi rester ici ? Pourquoi ne pas aller à Rouen et prendre la voiture à destination de Tourouvre ? Passer la nuit à Mortagne allait de soi. Le Guide Michelin indiquait une petite auberge dans cette ville, mais rien dans Tourouvre. Ayant appris ma destination, l’aubergiste s’est exclamé : « Mais il vous faut rencontrer Mme Montagne! » J’ai suivi son conseil.

Cette charmante dame, alors dans la cinquantaine, m’a invité chez elle. Assis sur le porche de sa villa qui surplombait les montagnes de Normandie, elle m’a parlé de mon « père Nicolas », comme s’il était là dans la prochaine vallée. Madame Montage avait consacré sa vie à la recherche généalogique, tout particulièrement à l’émigration au Canada au 17e siècle.

Oui, elle connaissait si bien notre Nicolas. Le lendemain de ma première visite, nous avons dévalé les montagnes, nous rendant jusqu’à Randonai où j’ai rencontré le seul Rivard qui vivait toujours dans le district. Mais le pauvre homme n’avait aucun moyen de connaître ses ancêtres. Les sans-culotte avaient détruit les registres pendant la Révolution. C‘est alors que je me suis rendu compte que nous étions chanceux au Québec. Nos paroisses regorgent d’archives.

À mon retour au Canada en 1970, j’ai trouvé la propriété de Nicolas à Batiscan. J’ai parcouru les champs, descendant jusqu’au fleuve. Il m’était facile de m’imaginer marchant aux côté de mon « père »… mais la vie a de ces détours. Même si je me rendais à Batiscan tous les ans, je n’avais pas le temps de m’impliquer à fond. Mais le hasard a mis sur ma route sept Rivard inconditionnels qui partageaient mes intérêts.

En mai 2000, nous avons formulé une demande de charte pour constituer « L’Association

Avec tout mon amour et tout mon respect,

Jim

A Life Story Half Told

Original signé par Jim

The Kinojevis had seen many watercrafts of all descriptions coming downstream during the summer and fall season of 1923. Adventurers manned all en route to the gold fields. On that particular September afternoon, a 14-foot chestnut canoe, loaded to the gunnels with merchandise, was slicing the water noiselessly. Sitting aft was a rugged individual in his thirties whose powerful arms were handling a paddle effortlessly. Sitting in the prow was a smaller, weather beaten grey haired individual plunging his blade at the same rhythm of his partner.

Camil, the rugged paddler, had a lot on his mind. His third child, Ghislain Yves (later on nicknamed Jim) had just been born in La Tuque and he really should have stayed with his wife, Blanche. However, he was committed to be in Rouyn by early October, and he had to take advantage of the fair weather. Camil would have been surprised if someone had told him that more then two centuries before some of his ancestors had threaded the same water. Following a treaty signed by Robert Rivard, Sieur de Loranger, in 1685, the Rivards had been granted a fur trading treaty with La compagnie du Nord that granted them the territory of Lake Abitibi and Temiscamingue for three years. Robert Rivard had in turn signed up his nephew, Julien Rivard, Sieur de la Glanderie. Camil was a descendant of Julien.

Two years later (1925) the family was reunited. Blanche and the three children had come by another route. The Temiscamingue and Northern Ontario railway had finally come in from the Ontario side. By then Camil had built a home on the shores of Lake Osisko, and the grocery store on Main Street was prospering.

A few years went by and the new town of Rouyn was developing to accommodate the growing population but institutions, such as schools, were still wanting. Since I was already six years old my mother exported me to a boarding school in Quebec City. Thus began my enlightenment. The good nuns kept me under strict discipline. Since I was, at that time, one thousand miles from home I was with them from September to the following June. The good ladies de la Charité were fond of taking my class on visits to other convents, very often to pray for the soul of a recently departed sister. Kneeling at the foot of a coffin was their idea of an entertaining afternoon.

Eventually, I ended up in Ottawa in a private school. It is true that by that time (1935) Rouyn had schools, but my mother did not think they were suitable and beside she thought it was important to learn English. By the time I was fourteen I wrote my entrance exam and was enlisted at Ottawa University, which at that time had a high school division. Actually I never finished. After my second year my father sold his business in Rouyn and bought a farm in Ste-Thérèse, near Montreal. He got into the fur business. We raised minks, foxes and kept a large family of cats and dogs. If this sounds like paradise, it wasn’t. The one good thing about the farm was Rosie; a mid-sized mare that was part of a breed called «canadienne». I soon became the «Desert Rider», going to the extreme of riding up and down the sandpit at the end of the farm. Well, I did say it was not paradise. The fur raising business just did not pan out! And so by the time I was 18, I became a lumberjack.

Parent, a small whistle stop along the C.N.R. Northern route, is where I made my debut. It was 200 below F. The truck that took us from the station to the depot had a tarpaulin over its box, but no seat and no heat. Thirty miles later we (a group of 20) got off at a place called Chaudière and we were shown the way across the lake. Little spruce trees indicated the path. But this lake was Lake Number One; there were two more to go. After walking 12 miles with our baggage, we arrived at the log built complex of the jobber. During that first winter I was a log cutter. In the spring I participated in the drive. The logs were floated on a tributary of the Gatineau that came down to the Ottawa River and eventually to the E.B. Eddy Match Company in Hull. (I still think about that when I light a wooden match).

As luck would have it, the following winter I became a scaler, measuring rolls of logs. Parent is reputed to be the coldest point along the Northern Line. Holding a measuring stick at the end of one log after another when it is forty below is an endurance test! However, that winter I was 19 years old and earning $3.00 a day with room & board thrown in. The world was my oyster! How I eventually learned like St-Augustin that we live «in a world of miseries, diseases, accidents and deceits» is a long, long story, so long that I still have not really learned its final lesson. At age 78 I am still the eternal optimist, perhaps with a little more caution.

Sixty years have gone by since that frigid winter in the Upper St-Maurice valley. The questionnaire that dear Marlyss has sent me beckons. To give life to her questions, to incite about my world as I saw it would take a few hundred pages and that is not possible. How it came about that I got in the insurance business, some years later, and what I did before I embarked on «the career» might create a little bit of entertainment.

There was the time, for instance when I was the official bouncer on Saturday evenings in the radio Hotel Grill in Rouyn Noranda which was not generally frequented by the members of the St-Jean-Baptiste Society. In the end I ended up in another frontier town (1950). I was a charter member of the City of Sept-Iles (1952) and settled on the North Shore for more then a decade. That’s where I became a Life Insurance Agent (as we were called in those days). The word agent made me feel very important, as I understood it to mean «one who acts for another in business». I was very proud to act on behalf of the Sun Life Insurance Company, including wearing a 3 piece suit!

My first convention in 1954 in West Virginia at the Greenbrier, a very fashionable resort in those days, left quite an impression on me! Not so much because of the beautiful scenery or the quiet southern elegance of the lodge, but rather due to the poets of the Life industry who enchanted me with their tales of lives reconstructed, careers pursued and dreams realized by virtue of a life insurance policy. I became a believer and practiced for the next 48 years! What happened during very nearly half a century? Clearly we are running out of time! It is my hope that where I came from and how I started my career will give the readers an inkling of what might have taken place!

There is one important question that I can’t leave out. «What made me choose family history as a hobby». In the spring of 1970 I was in Brussels on business. After a rather heavy night on the town (I’ll never forget the Hara Kiri bar), I realised that it was Saturday morning and that I had in fact finished my work. So why stay in town? I thought it would be an excellent idea to drive to Rouen and from there to Tourouvre. Staying overnight in Mortagne was the sensible thing to do. The Michelin showed one small Inn in that town, none in Tourouvre. Upon hearing about my destination, the innkeeper exclaimed, «You must meet Mrs Montagne». I followed his advice.

This charming lady, at the time in her fifties, invited me to her home. As we sat on the porch of her villa overlooking the Norman hills, she spoke to me for two hours about «my father, Nicolas» as if he was there beyond the next valley. Mrs Montagne had devoted her life to genealogical research concerning the French emigration to Canada in the 17th century.

Of course she knew Nicolas very well! The next day after my first visit, we went barrelling down the hills, as far as Randonai where I met the only Rivard still living in the district. But this man had no way of knowing who were his ancestors. There are no records left prior to the French revolution. It made me realize how lucky we are in Quebec. Our parishes are still full of archives. When I got back to Canada in the spring of 1970, I found Nicolas’ homestead in Batiscan. I walked down to the farm as far as the River. It was easy to imagine that my «father» was walking with me but life is full of trials.

Although I visited Batiscan on an annual basis, I never found the time to really get involved. However, my passion led me to find seven stout hearted Rivards who shared my interest. In May 2000 we applied for the charter of the «International Association of the Rivard Families» (A.I.F.R.) whose principal mandate is to study and publicize the fabulous story of the Rivards. My best wish to the new generation is that, unlike me, they discover the importance of learning about their roots at a much earlier age. It is more than a hobby; it is a beacon when storms arise.

With love and respect,

Jim